Qui d'autre mieux que des étudiants d'une école de théâtre pouvait s'attaquer à un tel sujet : la mise en vie et en scène des peintures françaises des ailes Sully et Richelieu du musée du Louvre ? Les étudiants de l'école internationale Jacques Lecoq, spécialisée dans la maitrise du geste et du mouvement, se sont donc livrés à cet exercice périlleux lors des Nocturnes du Louvre. Les étudiants, habitués à donner vie aux sentiments, grâce à un travail continu sur la comédie humaine ont choisi les tableaux en fonction de leurs affinités et nous les ont proposés, vivants, subtils, touchants. Un beau moment que TroisTemps voulait partager avec vous...
La religion
Sur le thème des toiles religieuses de Philippe de Champaigne, cinq jeunes comédiens hirsutes surgissent d'un muret, rigolards et hystériques et jouent une scène de dévotion religieuse au temps de la contre-réforme, quand l'église voulait reprendre en main ses fidèles. Fascinés par « ces grimaces présentes dans les toiles, les comédiens ont eu envie de travailler sur le grotesque et surtout de sur-jouer la dévotion ». Le spectacle est puissant, intense, sarcastique et plein d'hilarité : un portrait haut en couleur du rôle de l'église et de la religion en ce moment précis.
La beauté
Puis, trois comédiennes représentant les trois Grâces de Régnault, trois divinités de la mythologie grecque antique apparaissent, s'inspirant d'un marbre antique conservé à Sienne à la Libreria Piccolomini du Dôme : la nymphe du milieu est vue de dos, celle de gauche est de face, la tête tournée sur le côté, celle de droite est de profil, la tête vers le spectateur, comme s'il s'agissait d'une seule et même figure dont le spectateur embrasserait d'un seul regard tous les séduisants aspects. Une représentation poignante de la beauté, de la séduction, de la créativité. Liées entre elles par un jeu de mouvements, se tenant par la taille ou par le cou, formant une chaîne, une ronde presque, dans un enlacement très gracieux, elles font émerger une complicité harmonieuse, jusqu'à en oublier de regarder le visage des héroïnes...
La guerre
En avançant un peu, on découvre un banquet orgiaque, où des jeunes, torses nus, nerveux, musclés, savourant du raisin, nous interrogent sur l'engagement d'une nation au combat, en hommage aux batailles d'Alexandre de Charles Le Brun.
L'amour
Et au détour du Verrou de Fragonard, une femme résiste difficilement aux ardeurs amoureuses de son amant, alors qu'en fond sonore le bruit d'un verrou se fermant rythme les refus de moins en moins affirmés.
Quelle belle nocturne traversée par le théâtre, une véritable leçon de peinture revisitée par tous les sens, des présences fortes qui donnent du mouvement aux tableaux, font bouger la couleur, insufflent de la musique et surtout de la vie... Encore Bravo !