Ce mois ci nous avons obstinément arpenté les galeries, parcouru avec acribie* les revues et les magazines d'art, levé le nez pour trouver notre coup de coeur. En vain. Eh bien, il était dans notre propre poche, dans notre CultureLab® !
Enfoui dans les souvenirs de son enfance, en train de se faire dévorer par des moutons géants, ou bien menacé par des étranges et anthropomorphiques moquettes à doigts, Fabien Mérelle, (car c'est lui, l'artiste de notre coup de coeur) a couché sur le papier ses mauvais esprits. Ses monstres et ses peurs infantiles étaient exposés à la galerie Premier Regard. Sans vouloir vous imposer nos goûts, on se contentera de vous dire que Fabien est un artiste exceptionnel qu'il faut absolument connaître...
Nous sommes tous hantés (périodiquement seulement, pour la plupart d'entre nous) par nos souvenirs d'enfance, mais chez Fabien c'est différent... Il en fait son univers artistique de prédilection. Vêtu invariablement d'un pantalon de pyjama, signe ostensible que la perception du monde se fait par le rêve, le garçon aux traits d'adulte, autoportrait non dissimulé de l'artiste, nous entraîne avec lui dans un périple fantasque, à travers son imaginaire. Ici, choses, formes, proportions et significations sont irrémédiablement détournées par la loupe déformante de l'oeil de l'enfant, et la confrontation avec le monde prend des allures absurdes, non dépourvues d'humour. On retrouve ainsi le garçon en pyjama tantôt en train de surfer sur une table à repasser, tantôt en train de maîtriser de ses bras graciles la gueule d'un monstre géant, tantôt en train de poursuivre un oiseau en vol qui lui tend un miroir farfelu...
Grotesque, absurde, fantasque, irrévérencieux, mais paradoxalement, toujours réaliste et minutieux. Ce qui impressionne le plus chez Fabien, c'est l'usage de l'encre noire. Une encre noire reçue en cadeau de voyage en Chine. Où il fit la connaissance d'un maître chinois, qui lui ouvrit d'autres voies vers une vision plus intime et subtile de la réalité.
*Qualité de l'érudit qui travaille avec le soin le plus scrupuleux. Du grec akribeia, exactitude. Il est à noter que ce mot a été ajouté au vocabulaire de TroisTemps par Magda, notre responsable du CultureLab®, qui est roumaine, soit dit en passant.